L’accès aux modèles d’intelligence artificielle reste encore compliqué pour de nombreux développeurs africains, notamment en raison des moyens de paiement, de la multiplication des fournisseurs et du coût des expérimentations. C’est précisément sur cette difficulté que Parfait TOKE et son équipe ont construit RodiumAi.
La plateforme permet aujourd’hui d’accéder à plusieurs modèles d’IA depuis une même interface et de payer via Mobile Money. Dans cet entretien accordé à Secrets de la Tech, Parfait TOKE revient sur la naissance du projet, son fonctionnement, ses premiers chiffres, ses ambitions et les prochaines fonctionnalités de RodiumAi.
L’interview
1. Comment présenteriez-vous RodiumAi à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?
RodiumAi est la plateforme d’accès et d’infrastructure IA pour l’Afrique, permettant aux développeurs, startups, entreprises et universités d’utiliser les meilleurs modèles d’intelligence artificielle grâce à une plateforme unifiée et aux paiements par Mobile Money.
2. Quel problème concret RodiumAi résout-elle aujourd’hui pour les développeurs, les entreprises ou les créateurs de solutions IA ?
Le principal problème que nous résolvons est l’accessibilité. Aujourd’hui, accéder à des modèles comme GPT, Claude ou Gemini reste compliqué pour de nombreux développeurs africains. Entre les cartes bancaires internationales, les fournisseurs multiples et les coûts d’expérimentation, beaucoup abandonnent avant même de commencer. Avec RodiumAi, un développeur peut simplement recharger son compte en Mobile Money, accéder à plus de 80 modèles IA depuis une seule plateforme et se concentrer sur la construction de son produit plutôt que sur les contraintes d’infrastructure.
3. Comment est née l’idée de RodiumAi ? Quel a été le déclic ?
L’idée est née pendant notre participation au MEST AI Startup Program au Ghana. Lors d’un exercice, notre équipe devait présenter une application utilisant l’intelligence artificielle. Faute de disposer d’une carte bancaire internationale pour accéder aux APIs payantes, nous avons construit notre démonstration avec la version gratuite de Gemini.
Le jour de la présentation, la limite d’utilisation gratuite a été atteinte quelques minutes avant notre passage. Notre application ne fonctionnait plus et les membres du jury ont naturellement pensé que notre produit était défaillant. À ce moment-là, nous avons réalisé que le véritable problème n’était pas notre application, mais l’accès aux infrastructures IA. C’est ainsi qu’est née RodiumAi.
4. Quelles sont les principales fonctionnalités de la plateforme aujourd’hui ?
Aujourd’hui, RodiumAi permet d’accéder à plus de 80 modèles d’intelligence artificielle provenant des principaux fournisseurs mondiaux, tout en payant simplement avec Mobile Money.
Nous développons également plusieurs fonctionnalités en version bêta, notamment :
- Smart AI, qui sélectionne automatiquement le modèle le plus adapté à une requête afin d’optimiser les performances et les coûts.
- Custom Models, qui permettront aux utilisateurs de créer leurs propres modèles IA spécialisés à partir de leurs documents et de leurs connaissances.
- L’achat d’abonnements à des outils comme Cursor, Lovable ou Bolt.new, afin de rendre tout l’écosystème IA accessible aux utilisateurs africains.
5. À qui s’adresse principalement RodiumAi ?
Notre plateforme s’adresse à tous ceux qui construisent avec l’intelligence artificielle. Cela inclut les développeurs indépendants, les startups, les entreprises, les universités, les chercheurs, les étudiants et, plus largement, toutes les organisations qui souhaitent intégrer l’IA dans leurs produits ou leurs activités sans être limitées par les contraintes d’accès.
6. En quoi RodiumAi se différencie-t-elle des autres plateformes permettant d’accéder à plusieurs modèles d’intelligence artificielle ?
Notre première différence est que RodiumAi est pensée dès le départ pour l’Afrique. Nous avons construit la plateforme autour des réalités du continent : les paiements par Mobile Money, les devises locales et les besoins des développeurs africains.
Au-delà de l’accès à plusieurs modèles IA, nous préparons également une nouvelle génération de fonctionnalités permettant aux utilisateurs de créer leurs propres modèles spécialisés, de les déployer et, à terme, de les partager ou les monétiser. Notre ambition n’est pas seulement d’être un agrégateur de modèles, mais de devenir l’infrastructure IA de référence en Afrique.
7. Quels modèles d’IA sont actuellement disponibles sur la plateforme ?
Aujourd’hui, RodiumAi donne accès à plus de 80 modèles d’intelligence artificielle issus des principaux fournisseurs mondiaux, notamment :
- OpenAI
- Anthropic
- Google Gemini
- DeepSeek
- Mistral AI
- MiniMax
- Moonshot AI
Notre objectif est de permettre à nos utilisateurs d’accéder aux meilleurs modèles disponibles, quel que soit leur fournisseur.
8. Quels moyens de paiement sont proposés aux utilisateurs, notamment en Afrique ?
Nous avons fait du paiement l’un de nos principaux axes d’innovation. Aujourd’hui, RodiumAi permet de recharger son compte grâce aux solutions de Mobile Money disponibles dans 19 pays africains, évitant ainsi la nécessité de posséder une carte bancaire internationale.
9. Dans quels pays RodiumAi est-elle déjà disponible ?
Aujourd’hui, nos solutions de paiement sont disponibles dans 19 pays africains, notamment :
Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Kenya, Liberia, Malawi, Mali, Niger, Nigéria, République démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Tanzanie, Togo et Ouganda. Notre objectif est d’étendre progressivement cette couverture à l’ensemble du continent.
10. Avez-vous quelques chiffres clés à partager ?
Depuis notre lancement, RodiumAi connaît une croissance encourageante. Aujourd’hui, la plateforme compte :
- plus de 1 000 utilisateurs ;
- plus de 80 modèles IA disponibles ;
- plus de 7 fournisseurs d’IA internationaux intégrés ;
- des paiements disponibles dans 19 pays africains.
Ces chiffres confirment qu’il existe un réel besoin d’une infrastructure IA pensée pour l’Afrique.
11. Pouvez-vous citer un ou deux cas d’usage concrets ?
Nous accompagnons aujourd’hui plusieurs profils d’utilisateurs. Des développeurs utilisent RodiumAi pour intégrer GPT ou Claude dans leurs applications sans avoir à gérer plusieurs fournisseurs. Des organisateurs de hackathons utilisent notre plateforme pour fournir des crédits IA aux participants via des espaces Team dédiés. Nous accompagnons également des universités et des communautés tech qui souhaitent former leurs membres à l’intelligence artificielle sans les freiner par les problèmes d’accès aux APIs.
12. Quels sont les principaux défis rencontrés depuis le lancement ?
Notre plus grand défi reste l’éducation du marché. Beaucoup de développeurs connaissent OpenAI ou Claude, mais ne réalisent pas qu’il existe aujourd’hui une manière beaucoup plus simple d’y accéder depuis l’Afrique.
L’autre défi consiste à construire une infrastructure suffisamment robuste pour offrir une expérience fluide tout en intégrant continuellement de nouveaux fournisseurs et de nouveaux moyens de paiement.
13. Quelles sont les prochaines évolutions prévues ?
Nous travaillons actuellement sur plusieurs fonctionnalités majeures. Parmi elles :
- la création de modèles IA personnalisés ;
- l’accès à davantage d’outils IA comme Cursor, Lovable ou Bolt.new ;
- des espaces collaboratifs pour les entreprises et les universités ;
- de nouvelles solutions de paiement couvrant encore plus de pays africains.
Notre feuille de route est guidée par une seule idée : rendre l’IA toujours plus accessible.
14. Quelle est votre vision à moyen terme ?
Nous voulons que RodiumAi devienne la plateforme de référence pour accéder, construire et déployer des solutions d’intelligence artificielle en Afrique. À terme, nous souhaitons que n’importe quel développeur ou entreprise puisse non seulement accéder aux meilleurs modèles IA, mais également créer ses propres modèles spécialisés, les intégrer dans ses applications et les distribuer à grande échelle.
15. Si vous deviez résumer l’ambition de RodiumAi ?
Notre ambition est simple : faire en sorte que le lieu où l’on vit en Afrique ne détermine plus les opportunités que l’on a pour construire avec l’intelligence artificielle.








