Le Bénin défend ses priorités pour développer l’intelligence artificielle en Afrique à l’ONU

Bénin : ses priorités pour développer l’intelligence artificielle en Afrique à l’ONU

Le développement de l’intelligence artificielle en Afrique ne dépend pas uniquement des logiciels et des modèles. Il repose aussi sur l’accès aux capacités de calcul, la disponibilité des données, la formation des compétences et la capacité des États à maîtriser les infrastructures qui soutiennent ces technologies. C’est sur ces enjeux que le Bénin a porté ses priorités à New York, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations Unies.

Des infrastructures avant les usages

Le 24 septembre 2026, le ministère béninois de la Transformation Digitale et de l’Innovation a rendu compte de plusieurs rencontres consacrées au développement de l’intelligence artificielle sur le continent africain. À travers la participation du ministre Mahuna AKPLOGAN à une table ronde ministérielle organisée par la Commission de l’Union africaine et Google, le Bénin a notamment mis en avant l’accès aux capacités de calcul, les infrastructures de données et les possibilités de mutualisation entre États.

Cette question est loin d’être secondaire. Un pays peut disposer de chercheurs, d’entrepreneurs et de données, mais rester limité dans sa capacité à développer des applications d’IA s’il ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour entraîner, héberger ou exploiter des modèles à grande échelle. Pour les pays africains, l’enjeu consiste donc aussi à éviter que la croissance de l’IA ne se traduise uniquement par une dépendance accrue à des infrastructures et à des technologies développées ailleurs.

Le Bénin veut aussi renforcer ses propres capacités

Les échanges de New York interviennent alors que le Bénin dispose déjà d’une feuille de route nationale consacrée à l’intelligence artificielle et aux mégadonnées. Adoptée en janvier 2023, la SNIAM 2023-2027 prévoit 123 actions réparties sur cinq ans et vise notamment l’utilisation de l’IA dans des domaines comme l’éducation, la santé, l’agriculture, le tourisme et le cadre de vie.

La question des infrastructures rejoint donc directement celle de l’exécution de cette stratégie. Les ambitions nationales en matière d’IA nécessitent des données accessibles, des équipements adaptés, des compétences capables de les exploiter et un environnement permettant aux entreprises, aux chercheurs et aux administrations de transformer ces ressources en applications concrètes.

Les données africaines au cœur des discussions

La question des données occupe également une place importante dans les priorités défendues par le Bénin. Les modèles d’intelligence artificielle ont besoin de grandes quantités de données pour être entraînés et améliorés, mais la disponibilité de données africaines adaptées aux réalités locales reste un enjeu pour le développement de solutions pertinentes sur le continent.

Cette préoccupation figurait déjà dans la stratégie béninoise adoptée en 2023, qui fait de la valorisation des données massives l’un des éléments de sa politique nationale en matière d’IA. Le gouvernement avait alors identifié la production croissante de données issues des services numériques, de l’administration et d’autres secteurs comme une ressource à mieux exploiter au bénéfice de l’économie béninoise. L’enjeu n’est donc pas seulement de disposer de données en quantité. Il concerne également leur qualité, leur disponibilité, leur gouvernance et leur capacité à servir des usages adaptés aux réalités du continent.

Former les talents devient une autre priorité

Le développement des infrastructures ne peut toutefois pas être dissocié de celui des compétences. À New York, le Bénin a également mis en avant le développement des talents et des compétences nécessaires à l’essor de l’intelligence artificielle. Cette orientation se retrouve déjà dans les initiatives nationales menées en 2026. Les premières Olympiades nationales d’intelligence artificielle ont notamment été organisées pour identifier et accompagner de jeunes talents béninois, avec l’objectif de préparer une génération capable de contribuer au développement des technologies liées à l’IA.

Le sujet est stratégique : disposer d’infrastructures sans disposer de personnes capables de les exploiter limite leur valeur économique et scientifique. À l’inverse, former des talents sans leur donner accès aux données, aux équipements et aux environnements de recherche nécessaires réduit également les possibilités de passage entre la formation, la recherche et la création de solutions.

Vers davantage de coopération entre pays africains

La présence du Bénin à New York a également permis des échanges avec plusieurs pays africains. Le ministre Mahuna AKPLOGAN s’est notamment entretenu avec ses homologues du Rwanda, du Nigeria et du Zimbabwe, ainsi qu’avec la direction régionale par intérim du Programme des Nations Unies pour le développement, autour de pistes de coopération.

Cette dimension régionale est importante dans un domaine où les investissements nécessaires peuvent rapidement dépasser les capacités d’un seul pays. La mutualisation des infrastructures, le partage de certaines ressources et la coopération sur les données ou la formation peuvent permettre aux États africains de travailler sur des capacités communes plutôt que de développer chacun, séparément, les mêmes briques technologiques. Pour le Bénin, cette approche s’inscrit dans une stratégie déjà engagée au niveau national. Pour l’Afrique, elle pose une question plus large : comment construire des capacités d’intelligence artificielle suffisamment solides pour que le continent puisse non seulement utiliser les technologies développées ailleurs, mais aussi participer à leur conception et à leur déploiement ?

Une stratégie qui devra maintenant se mesurer aux usages

Le passage du Bénin à l’Assemblée générale des Nations Unies intervient donc dans une séquence où les ambitions nationales en matière d’IA commencent à se structurer autour de plusieurs piliers : infrastructures, données, compétences, coopération et cas d’usage.

Le véritable enjeu se situera toutefois dans la capacité à transformer ces priorités en résultats mesurables dans les secteurs où l’intelligence artificielle peut répondre à des besoins concrets. La stratégie béninoise identifie déjà plusieurs de ces domaines ; les prochaines années permettront surtout de mesurer dans quelle mesure les infrastructures et les compétences développées permettront de faire émerger des solutions réellement utilisées par les administrations, les entreprises, les chercheurs et les citoyens.

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