Les startups africaines ont levé environ 2,1 milliards de dollars entre janvier et août 2026. Le Nigeria conserve la première place avec près de 529 millions de dollars, mais le fait marquant de cette période vient du Bénin, qui atteint 327 millions de dollars et devance légèrement l’Égypte.
Derrière ces montants, une autre réalité apparaît. Le financement de la tech africaine ne se répartit pas encore de manière homogène. Quelques marchés concentrent l’essentiel des capitaux, tandis que plusieurs écosystèmes restent à distance. Le Togo fait partie de ces marchés.
Le Nigeria reste le principal point d’attraction
Avec 528,6 millions de dollars, le Nigeria demeure le premier marché africain en matière de financement des startups sur les huit premiers mois de l’année. L’Égypte suit avec 322 millions de dollars, devant l’Afrique du Sud avec 248,2 millions et le Kenya avec 216,6 millions. Le Bénin s’intercale entre le Nigeria et l’Égypte avec 327,1 millions de dollars.
À eux cinq, ces pays concentrent une part considérable des capitaux mobilisés sur le continent. Les startups panafricaines opérant au-delà d’un seul marché ont, de leur côté, attiré environ 64 millions de dollars sur la période.
Le montant global de 2,1 milliards de dollars peut donner l’impression d’un redémarrage massif du capital-risque africain. La réalité est plus nuancée. Au premier semestre, les startups africaines avaient levé 1,44 milliard de dollars, soit seulement 1,4 % de plus qu’un an auparavant, alors que le nombre d’opérations était passé de 252 à 174. Les capitaux augmentent donc peu, mais ils se concentrent davantage sur certaines opérations.
Le Bénin, une progression spectaculaire à replacer dans son contexte
Le Bénin constitue la principale surprise de cette photographie. Un marché qui dépassait rarement les 10 millions de dollars de financement se retrouve à la deuxième place continentale avec 327 millions de dollars.
Cette performance doit toutefois être regardée de près. Spiro joue un rôle majeur dans ce résultat, avec une importante opération de financement réalisée en 2026. L’entreprise de mobilité électrique est présente dans plusieurs pays africains, dont le Bénin et le Togo. Le chiffre attribué au Bénin ne doit donc pas être interprété comme la preuve que l’ensemble de son écosystème a soudainement atteint le même niveau de profondeur que celui du Nigeria ou de l’Égypte.
C’est un point important pour lire les statistiques de financement. Un montant national élevé peut parfois être porté par une ou quelques opérations exceptionnelles. Le nombre d’entreprises financées, leur maturité et leur capacité à reproduire ces performances restent d’autres indicateurs essentiels.
Le financement africain se concentre sur les entreprises capables de changer d’échelle
Cette concentration ne concerne d’ailleurs pas uniquement le Bénin. Le mois d’août en fournit une illustration particulièrement nette. Les startups africaines ont levé environ 438 millions de dollars sur le mois. Deux opérations, celles de Moove et de Jumia, ont représenté à elles seules plus de 300 millions de dollars.
Le financement par dette prend également une place importante. Au premier semestre 2026, elle représentait environ 43 % des financements obtenus par les startups africaines, selon TechCabal Insights. Cette évolution profite notamment aux entreprises disposant d’actifs physiques ou de flux de revenus suffisamment prévisibles pour intéresser les prêteurs. Le marché africain du financement n’est donc pas simplement en train de retrouver les volumes des années précédentes. Il évolue aussi dans sa structure. Les investisseurs semblent davantage sélectionner les entreprises capables de démontrer leur traction commerciale, leurs revenus ou leur potentiel de déploiement à grande échelle.
Et le Togo dans tout ça ?
C’est probablement l’une des questions que ces chiffres soulèvent pour les acteurs de l’écosystème togolais. Au premier trimestre 2026, les startups togolaises avaient levé environ 2 millions de dollars, selon les données de TechCabal Insights rapportées par TechMedia Africa. À la même période, le Nigeria avait attiré 94 millions de dollars, le Bénin 57 millions et la Côte d’Ivoire 45 millions.
Le Togo reste donc très loin des principaux marchés de financement du continent. Mais cette situation ne signifie pas que l’écosystème togolais est immobile. L’année 2026 a notamment vu l’ouverture du Djanta Tech Hub, présenté par les autorités comme le premier maillon d’un futur réseau national de tech hubs. Le dispositif propose de la pré-incubation, de l’incubation, du mentorat et un accès à des mécanismes de financement. Son programme Innov’Action cible notamment les startups disposant déjà d’un produit fonctionnel et prévoit un Fonds Start pouvant aller jusqu’à 9 millions de FCFA, soit environ 15 000 euros, pour certains projets.
D’autres mécanismes de financement régional commencent également à intégrer explicitement le Togo. En mars, la Banque africaine de développement a approuvé un investissement de 6,5 millions d’euros dans le fonds Saviu II, destiné notamment aux startups technologiques en phase seed et lors de leur première levée institutionnelle. Au moins 60 % des engagements du fonds doivent cibler sept pays francophones, dont le Togo, avec des tickets annoncés entre 500 000 et 3 millions d’euros. Le sujet pour le Togo est donc moins l’absence de dispositifs que leur capacité à faire émerger un nombre suffisamment important d’entreprises capables de franchir les différentes étapes du financement.
Le véritable enjeu est de passer du potentiel aux opérations
Le contraste avec le Bénin est particulièrement intéressant. Les deux pays partagent un marché régional relativement proche, mais leurs chiffres de financement montrent des trajectoires très différentes en 2026. Pour le Togo, attirer davantage de capitaux nécessitera probablement de multiplier les entreprises capables de démontrer un marché, des revenus, une gouvernance solide et une capacité d’expansion régionale. Les investisseurs ne financent pas seulement une idée ou un écosystème : ils cherchent des entreprises capables de transformer le capital reçu en croissance.
Le cas de Gozem montre d’ailleurs qu’une entreprise issue de Lomé peut construire une trajectoire régionale et attirer des financements internationaux. En 2026, l’IFC a notamment approuvé un financement pouvant atteindre 21 millions d’euros pour accompagner l’expansion de Gozem au Bénin, au Cameroun, en République du Congo et au Togo.
La question qui se pose désormais pour le Togo est celle du passage à l’échelle : peut-il faire émerger plusieurs entreprises capables de suivre ce type de trajectoire, plutôt que de dépendre de quelques réussites isolées ? Les chiffres des huit premiers mois de 2026 donnent une réponse encore incomplète. L’argent circule de nouveau dans la tech africaine, mais il reste concentré sur quelques marchés et quelques entreprises. Pour les écosystèmes comme celui du Togo, le prochain enjeu ne sera donc pas seulement d’obtenir une place dans les statistiques. Il sera de construire suffisamment d’entreprises solides pour y rester.








