Okra ferme ses portes : retour sur le parcours de sa CEO, Fara Ashiru Jituboh

Il y a des visages qui symbolisent toute une génération. Dans l’écosystème tech africain, celui de Fara Ashiru Jituboh restera comme l’un des plus marquants de cette dernière décennie.

En mai 2025, elle annonçait avec sobriété la fermeture de sa startup, Okra, pionnière du open banking au Nigeria. Mais derrière cette fin d’aventure, il y a une trajectoire exceptionnelle. Celle d’une ingénieure, fondatrice, bâtisseuse de ponts technologiques… et d’espoirs.

Une ingénieure formée aux États-Unis, avec l’Afrique en ligne de mire

Fara Ashiru Jituboh n’est pas une inconnue du paysage tech international. Diplômée de North Carolina A&T State University, elle commence sa carrière comme développeuse backend et architecte logicielle. Elle passe par JP Morgan, Fidelity, et plus tard Sana Benefits, dont elle sera la CTO. Déjà, elle se distingue : rigueur, vision, passion.

Mais elle veut construire pour l’Afrique. En 2019, elle rentre au Nigeria et cofonde Okra avec David Peterside. Ensemble, ils veulent doter le continent d’une API bancaire aussi puissante que celles utilisées aux États-Unis ou en Europe. L’ambition est claire : créer une brique d’infrastructure essentielle, pensée en Afrique, par des Africains, pour l’Afrique.

En trois ans, la startup lève 16,5 millions de dollars, séduit des clients comme Renmoney, Branch, Bamboo. L’écosystème salue la performance. Fara devient l’une des rares femmes africaines à lever des millions en tech. Elle incarne un changement d’époque.

Nebula : le rêve de souveraineté cloud

Mais Fara ne veut pas s’arrêter là. En 2024, elle annonce Nebula : une solution cloud souveraine, pensée pour réduire la dépendance de l’Afrique à AWS, Google ou Azure.

« Nous payons en dollars, pour des services étrangers, alors que nous construisons des produits locaux. C’est un non-sens économique. » confiait-elle à Techpoint.

Nebula est audacieux. Mais la conjoncture est rude. La dévaluation du naira, la hausse des coûts d’infrastructure, l’absence de soutien public : les obstacles sont nombreux. Nebula absorbe plus de 90 % des ressources d’Okra. La rentabilité s’éloigne.

Alors, en mai 2025, Fara prend une décision que peu auraient eu le courage d’assumer. Elle annonce la fin de l’entreprise. Pas de fuite, pas de scandale. Elle rembourse une partie des investisseurs. Elle assure une sortie propre. Elle protège son équipe.

Kernel : une nouvelle aventure à Londres

Quelques semaines plus tard, elle dévoile son nouveau chapitre : Head of Engineering chez Kernel, une startup britannique spécialisée dans les systèmes de RevOps et l’infrastructure distribuée. Elle y retrouve un environnement d’excellence technique, mais avec une mission plus vaste : bâtir des outils puissants, robustes, scalables — avec une équipe internationale.

Dans une publication sobre, elle résume son état d’esprit :

« J’ai appris, j’ai grandi, j’ai dirigé. Maintenant, je continue d’apprendre. »

Fara n’a pas quitté la tech africaine. Elle y croit toujours. Mais elle sait que pour construire sur du solide, il faut parfois se retirer, se renforcer, repartir sur des bases plus saines.

Un exemple pour toute une génération

Son histoire n’est pas celle d’un échec. C’est celle d’un cycle. D’un parcours lucide, intègre, courageux. C’est une voix rare, qui dit la vérité sur l’entrepreneuriat : ce n’est pas que des levées de fonds, des photos sur LinkedIn ou des trophées.

C’est aussi des nuits blanches, des paris risqués, des visions parfois trop en avance. Et des décisions difficiles à prendre, quand il faut renoncer pour mieux repartir.

Aujourd’hui, Fara inspire. Et nous, on garde en tête cette leçon : il faut des ingénieurs, mais aussi des leaders. Des gens qui savent construire, apprendre… et pivoter.

 

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