Pour la toute première fois, la BBC brandit la menace d’une action en justice contre une startup d’intelligence artificielle. Visée : Perplexity, moteur de recherche IA californien, soupçonné d’avoir copié sans autorisation des contenus de la BBC pour entraîner ses modèles.
Cette démarche inédite intervient après la découverte de passages reproduits mot pour mot par la startup, ainsi que d’inexactitudes dans près de 17 % des réponses issues de contenus BBC, ce qui suscite la crainte d’un érosion de la réputation du diffuseur public. La BBC réclame l’arrêt immédiat des prélèvements, la suppression de ses contenus et un plan d’indemnisation.
De son côté, Perplexity riposte : elle affirme offrir un service de type interface combinant modèles d’OpenAI, Google, Anthropic et Meta. Son modèle interne, affiné à partir de LLaMa de Meta, ne constituerait pas une « foundation model » au sens juridique. Plus polémique encore, Perplexity accuse la BBC de tenter de protéger le quasi-monopole de Google dans la recherche en ligne.
Un débat sur fond de régulation
L’action de la BBC intervient alors que le Royaume-Uni réexamine sa législation sur le droit d’auteur, en particulier face aux pratiques de grandes entreprises technologiques. Plusieurs éditeurs réclament désormais un cadre clair, exigeant un accord préalable avant que leurs contenus ne servent à former des IA.
Ce bras de fer est loin d’être isolé. Perplexity fait déjà l’objet de litiges similaires avec News Corp (Dow Jones, New York Post) et a reçu des avis de retrait de la New York Times, Forbes ou Wired. Certains partenaires comme Time et Der Spiegel ont choisi d’engager des accords de partage de revenus, évitant le conflit .
Enjeux pour les médias et l’écosystème IA
La question dépasse Perplexity : il s’agit de déterminer si les plateformes IA doivent pouvoir « consommer » du contenu librement ou si elles doivent négocier des licences. La BBC, financée par la redevance publique, insiste sur la protection de son intégrité éditoriale et exige que ses contenus ne deviennent pas des sources IA sans contrôle.
Pour Perplexity, qui vient de boucler un tour de table valorisant l’entreprise à 14 milliards USD et revendique plus de 30 millions d’utilisateurs, la survie financière pourrait dépendre de sa capacité à justifier l’utilisation automatisée de contenus en ligne.
Contexte plus large : le contrôle de l’information à l’ère des IA
Ce contentieux illustre un défi majeur de notre époque : comment tirer parti des IA tout en respectant les droits des créateurs ? Si Perplexity n’est pas un cas isolé, cet affrontement direct avec la BBC marque un tournant.
D’autres géants comme OpenAI, Meta ou Google ont déjà mis en place des accords et versent des royalties, mais c’est la première fois qu’un grand diffuseur public passe à l’offensive. La question de la régulation et de l’accès aux données pour entraîner des modèles devient cruciale : les réponses à cette bataille vont façonner la manière dont on accède à l’information dans les années à venir.
Le résumé de Yanick !
La BBC envoie un message clair : utiliser des contenus publiés pour entraîner des IA sans accord commercial constitue une menace pour l’intégrité journalistique. Elle exige désormais des garanties fortes, quitte à s’opposer frontalement aux nouveaux acteurs IA.
Du côté des plateformes, l’enjeu est de prouver que leur modèle ne se résume pas à un pillage d’informations. La partie est lancée, et les décideurs, les plateformes et les régulateurs auront tous les yeux braqués sur ce dossier.







