Apple. Ce nom évoque puissance, innovation et un écosystème qui définit le luxe technologique. De 2021 à 2023, l’entreprise était la plus valorisée au monde. Mais si l’on gratte sous le vernis de cette image impeccable, des fissures commencent à apparaître, et un scénario alarmant se dessine : Apple serait-elle en train de mourir, discrètement, sous nos yeux ?
Bien que l’idée puisse sembler impensable pour beaucoup, les signaux d’alerte s’accumulent. Pendant que le grand public continue de percevoir Apple comme un mastodonte intouchable, des analyses financières et des critiques technologiques pointent vers un déclin silencieux, dont personne ne paraît vouloir parler.
La chute d’Apple : Les signes financiers et de positionnement
Autrefois indétrônable, la position d’Apple sur le marché mondial des capitaux a été ébranlée. Si l’entreprise était numéro 1 de 2021 à 2023, elle est tombée à la 2ᵉ place en 2024, avec Microsoft lui ravissant la première place une partie de l’année.
En 2025, Apple oscille entre la 2ᵉ et la 3ᵉ position, derrière Nvidia et Microsoft, ces deux derniers se disputant régulièrement le sommet. En août 2025, Apple affichait une capitalisation boursière d’environ 3,36 billions de dollars, ce qui la classe comme la 3ᵉ entreprise mondiale.
La valeur d’Apple chute de 28 % en seulement quatre mois (décembre 2024- avril 2025), représentant une perte de 1,1 billion de dollars. Si les données récentes montrent une certaine volatilité, Apple a effectivement connu une baisse de plus de 11 % de son cours en 2025, prolongeant un repli de plus de 14 % par rapport à ses sommets historiques.
L’érosion de l’innovation chez Apple : Un iPhone stagnant et une course à l’IA perdue
L’un des piliers de la marque Apple a toujours été l’innovation, un domaine où les critiques se font désormais plus vives. Les iPhones sont devenus « trop chers », entraînant une stagnation des ventes. Plusieurs experts estiment que les produits Apple ont peu évolué ces dernières années, avec des iPhones actuels qui ressemblent « presque à ceux de 2019 ».
Les mises à jour sont souvent jugées comme « incrémentales » plutôt que révolutionnaires, se limitant à de légères améliorations de performance ou de caméra. Pendant ce temps, les concurrents explorent les écrans pliables et repoussent les limites de la technologie photographique et des vitesses de chargement.
Le retard d’Apple est particulièrement criant dans le domaine de l’intelligence artificielle générative. Tandis que des entreprises comme Google et Microsoft investissent massivement et déploient des technologies de pointe, Apple est souvent perçue comme « à la traîne ».
Bien que la société ait lancé « Apple Intelligence » en 2024 et intégré des fonctionnalités d’IA dans les iPhones 16 et 16e en 2024-2025, son approche axée sur la confidentialité et le traitement embarqué, bien que louable, pourrait limiter sa capacité à concurrencer les modèles basés sur le cloud de ses rivaux.
La cupidité d’Apple : profit avant produit et problèmes antitrust
La transition vers une culture « privilégiant le profit sur les produits » commence avec la direction de Tim Cook en 2011, après le départ de Steve Jobs. Cette orientation se manifeste par des pratiques commerciales jugées « anticoncurrentielles », qui ont valu à l’entreprise plusieurs poursuites judiciaires.
En mars 2024, par exemple, le Département de la Justice des États-Unis (DOJ) a intenté un procès antitrust civil contre Apple, l’accusant de monopoliser les marchés des smartphones en bloquant les applications et services innovants. Ce procès allègue qu’Apple entrave des fonctionnalités comme les messages texte multiplateformes, les « super apps », les montres connectées non-Apple, les services de streaming dans le cloud et les portefeuilles numériques tiers.
Plus récemment, en août 2025, Elon Musk a également poursuivi Apple et OpenAI, arguant que leur partenariat exclusif en matière d’IA étouffe la concurrence et l’innovation dans l’industrie.
De plus, Apple a été critiquée pour sa gestion des capitaux, privilégiant les rachats d’actions massifs au détriment de l’investissement en recherche et développement (R&D). En 2023, Apple a dépensé 77 milliards de dollars en rachats d’actions, contre 30 milliards de dollars en R&D. En 2024, les rachats d’actions annuels atteignaient environ 100 milliards de dollars, tandis que les dépenses de R&D s’élevaient à environ 30 milliards de dollars.
Ce déséquilibre est perçu comme une « ingénierie financière » plutôt qu’un investissement dans l’innovation à long terme.
Pourquoi personne n’en parle vraiment ? La résilience et l’écosystème inébranlable
Malgré ces signaux d’alerte, pourquoi la « mort » d’Apple n’est-elle pas un sujet de conversation dominant ? La réponse réside dans la résilience intrinsèque de l’entreprise et la force de son écosystème.
Apple reste une entreprise incroyablement rentable, avec des revenus de 391,04 milliards de dollars pour l’exercice 2024. Ses services, qui incluent l’App Store, Apple Music et iCloud, ont généré 96 milliards de dollars en 2024, affichant une croissance de 15,3 % et des marges élevées qui compensent le ralentissement du matériel. Son écosystème fermé, bien que controversé, crée une « fosse formidable » qui retient les utilisateurs et les rend moins susceptibles de changer de plateforme.
L’histoire d’Apple est également celle d’une capacité à se réinventer, ayant déjà frôlé la disparition dans les années 90. Aujourd’hui, l’entreprise investit dans des « Apple Intelligence » pour stimuler les mises à niveau matérielles et monétiser ses services, avec des efforts pour intégrer l’IA de manière « privacy-centric » sur ses appareils.
Comme le souligne un expert, Apple est « comme un vieil chêne » : même si les hivers sont rudes et qu’il perd des feuilles, « les racines sont tellement bien implantées que l’arbre n’est pas près de mourir ». La disparition d’Apple ne serait pas un événement soudain, mais une évolution lente, avec des périodes de force et de faiblesse, nécessitant une constante réinvention.
Un déclin silencieux ou une simple évolution ?
Les faits sont là : Apple fait face à une concurrence féroce, des défis d’innovation clairs, des problèmes antitrust majeurs et une dépendance à des rachats d’actions massifs. Les chiffres récents sur sa capitalisation boursière témoignent d’une position moins dominante qu’il y a quelques années, avec Nvidia et Microsoft en forte hausse.
Pourtant, la marque reste puissante et son écosystème incroyablement solide. La question n’est peut-être pas de savoir si Apple va « mourir », mais plutôt si l’entreprise peut maintenir son aura d’innovateur et de leader incontesté, ou si elle est condamnée à une lente et silencieuse transition vers un statut de géant mature, mais moins dynamique.
Les signes de déclin sont palpables, mais le silence qui les entoure est peut-être le plus éloquent.
Rédigé par Maurice NONTONDJI
Chroniqueur TIC et Consultant LinkedIn & RP







