Les Togo IT Days 2026 sont terminés. Pendant deux jours, les 12 et 13 août à Lomé, entrepreneurs, investisseurs, experts, décideurs, étudiants et professionnels du numérique ont échangé autour de sujets aussi différents que la donnée, la cybersécurité, le financement, l’innovation ou encore la place des femmes dans la tech.
Mais derrière cette succession de panels, de keynotes et de masterclasses, l’événement a surtout fait émerger une question plus large : quel numérique l’Afrique veut-elle réellement construire ? C’est probablement là que se trouve le principal enseignement de cette deuxième édition.
Où va l’argent, et surtout que permet-il de construire ?
Le financement reste l’une des grandes questions de l’écosystème technologique africain. Le panel consacré aux investissements en Afrique en 2026 a permis d’interroger les secteurs qui attirent aujourd’hui les capitaux et les opportunités qui existent pour les entrepreneurs. Mais la question ne s’arrête pas au montant des investissements. Pour une startup africaine, lever des fonds ne constitue pas une fin en soi. Encore faut-il savoir transformer cet argent en produit, en emplois, en croissance et, à terme, en valeur créée localement.
C’est aussi le sens de la masterclass consacrée à la levée de fonds par Sefora Kodjo. Plutôt que de présenter le financement comme une course à l’investisseur, la session a replacé la préparation de l’entreprise au centre du processus : maturité du projet, proposition de valeur, stratégie et capacité à convaincre. Autrement dit, avant de chercher qui peut financer une entreprise, il faut déjà savoir pourquoi cette entreprise mérite de l’être. Cette question du financement rejoint d’ailleurs celle de la donnée, autre sujet central des Togo IT Days.
Les entreprises africaines ont-elles commencé à tirer de la valeur de leurs données ?
Collecter des données est devenu relativement simple. Les exploiter efficacement l’est beaucoup moins. Un panel consacré à la valorisation des données a posé une question directe : les entreprises africaines exploitent-elles réellement leurs données ou se contentent-elles encore de les accumuler ?
L’enjeu dépasse largement la question informatique. Une donnée correctement exploitée peut permettre à une entreprise de mieux comprendre ses clients, d’améliorer ses décisions, d’identifier de nouvelles opportunités ou d’optimiser ses opérations. Elle devient alors un véritable outil de compétitivité.
Cette évolution suppose toutefois de disposer des bonnes compétences, des bonnes infrastructures et surtout d’une stratégie claire. Les discussions des Togo IT Days ont ainsi rappelé une réalité souvent oubliée : la transformation numérique ne consiste pas simplement à adopter de nouveaux outils. Elle consiste à changer la manière dont une organisation fonctionne et prend ses décisions.
Faut-il copier les modèles qui ont réussi ailleurs ?
C’est probablement l’une des questions les plus intéressantes posées pendant ces deux jours. L’Oxford Debate consacré au thème « Copier la Silicon Valley ou inventer notre propre modèle ? » a placé le débat sur un terrain qui dépasse largement les startups.
L’Afrique doit-elle reproduire les mécanismes des écosystèmes technologiques qui ont déjà fait leurs preuves ou construire des modèles davantage adaptés à ses propres réalités ? Il n’existe évidemment pas de réponse simple. Les entrepreneurs africains peuvent apprendre des expériences de la Silicon Valley, de l’Europe ou d’autres marchés. Mais les contraintes ne sont pas toujours les mêmes : accès au financement, infrastructures, taille des marchés, pouvoir d’achat, réglementation, formation des talents ou encore spécificités culturelles.
L’enjeu n’est donc peut-être pas de choisir entre copier et inventer, mais de savoir ce qui peut être adapté. L’interlude consacré à ce qui se fait ailleurs a d’ailleurs prolongé cette réflexion : regarder les autres écosystèmes peut permettre de mieux comprendre les siens, à condition de ne pas confondre inspiration et reproduction.
Plus le numérique avance, plus la question de la confiance devient importante
Impossible de parler de transformation numérique sans parler de cybersécurité. La présence de l’Agence nationale de la cybersécurité dans la programmation des Togo IT Days a rappelé que le développement des usages numériques s’accompagne nécessairement de nouveaux risques. Entreprises, administrations, infrastructures critiques et utilisateurs sont désormais exposés à des menaces qui peuvent avoir des conséquences économiques, opérationnelles et parfois sociales.
Mais la cybersécurité ne repose pas uniquement sur les outils. Elle dépend aussi des comportements, de la formation des équipes, de la capacité des organisations à anticiper les incidents et de la manière dont elles protègent leurs données. À mesure que l’intelligence artificielle et les services numériques prennent davantage de place, cette question devient encore plus importante : comment accélérer sans fragiliser la confiance ?
Et qui construira ce numérique ?
C’est peut-être la question la plus fondamentale. Car derrière les investissements, les données, l’IA ou la cybersécurité, il reste les talents. Les Togo IT Days ont consacré une partie de leur programmation à cette dimension humaine, notamment avec un panel sur le rôle des hommes leaders dans l’émergence de la prochaine génération de femmes dans la tech.
Le débat a déplacé la question de la diversité d’un simple constat vers celle de la responsabilité. Qui crée les opportunités ? Qui accompagne les talents ? Qui donne accès aux réseaux, aux responsabilités et aux financements ? L’Ask Me Anything organisé pendant l’événement a lui aussi replacé le dialogue au centre, en permettant au public d’échanger directement avec des personnalités de l’écosystème.
La séance de dédicace de Sefora Kodjo autour de son ouvrage Leadership, Stratégie ou Manipulation a prolongé cette dimension autour de la transmission et du développement personnel. Ces séquences peuvent sembler éloignées des sujets plus techniques abordés pendant l’événement. Elles racontent pourtant la même histoire : un écosystème numérique ne se construit pas uniquement avec des technologies. Il se construit avec des personnes capables de les imaginer, de les financer, de les développer et de les utiliser.
Les Togo IT Days se terminent. Les questions restent.
La deuxième édition des Togo IT Days ne livre donc pas une réponse unique sur l’avenir numérique de l’Afrique. Elle laisse plutôt derrière elle plusieurs questions.
Comment attirer davantage de capitaux tout en créant plus de valeur localement ? Comment transformer les données en véritables leviers de décision ? Comment s’inspirer des grands écosystèmes sans reproduire leurs modèles à l’identique ? Comment renforcer la cybersécurité alors que les usages numériques accélèrent ? Et surtout, comment faire en sorte que davantage de talents africains puissent participer à cette transformation ?
C’est ce qui donne finalement du sens à ce type de rendez-vous. Les panels s’arrêtent, les participants quittent les salles et les écrans s’éteignent. Mais les problèmes auxquels l’écosystème cherche des réponses, eux, restent bien réels. Les Togo IT Days 2026 ont donc fermé leur deuxième édition. Le véritable travail commence maintenant : transformer les idées échangées à Lomé en décisions, en collaborations et en projets.
Et c’est probablement à la prochaine édition qu’il faudra regarder pour mesurer ce qui aura réellement changé.



















