Le débat autour de la souveraineté numérique prend une nouvelle dimension en France. Plusieurs acteurs de la santé numérique reprochent à l’État français de faire de SecNumCloud, la certification de cybersécurité de l’ANSSI pour les services cloud, un critère quasi incontournable pour l’hébergement des données de santé. Selon eux, cette orientation pourrait ralentir le développement de l’intelligence artificielle dans le secteur.
Réunis au sein d’un collectif, ces éditeurs estiment que la priorité accordée à SecNumCloud risque de limiter l’accès à certaines infrastructures de calcul avancées, aujourd’hui principalement proposées par les grands fournisseurs internationaux de cloud. Ils craignent que cette situation ne pénalise les entreprises françaises qui développent des solutions d’IA en santé.
Sécurité ou innovation : un équilibre difficile à trouver
Au cœur du débat se trouve une question stratégique : comment protéger des données de santé particulièrement sensibles tout en permettant aux entreprises d’innover rapidement ?
Pour les signataires, la souveraineté numérique ne devrait pas reposer uniquement sur un référentiel d’hébergement. Ils plaident pour une approche plus pragmatique, capable de garantir un haut niveau de sécurité sans empêcher les acteurs français d’accéder aux ressources technologiques nécessaires au développement de nouveaux outils d’intelligence artificielle.
De son côté, l’État considère SecNumCloud comme un pilier de sa stratégie de souveraineté. Cette certification vise à garantir que les données sensibles soient hébergées sur des infrastructures répondant à des exigences strictes en matière de sécurité et protégées des législations extraterritoriales. Cette doctrine s’inscrit dans une politique plus large de rapatriement des données critiques vers des clouds souverains.
Un débat qui dépasse le secteur de la santé
Cette controverse reflète un défi auquel sont confrontés de nombreux pays européens : développer une intelligence artificielle compétitive tout en réduisant leur dépendance aux infrastructures américaines.
Le sujet dépasse donc la seule santé numérique. Il interroge la capacité de l’Europe à construire des infrastructures cloud performantes, capables de répondre aux besoins croissants de l’IA sans renoncer aux exigences de souveraineté et de cybersécurité.
À mesure que les modèles d’intelligence artificielle deviennent plus gourmands en puissance de calcul, la question n’est plus seulement de savoir où héberger les données, mais aussi comment offrir aux entreprises les moyens d’innover sans créer de nouvelles dépendances technologiques. C’est cet équilibre entre protection, performance et compétitivité qui devrait continuer d’alimenter les débats dans les prochains mois.








