Les États-Unis créent un « National Design Studio » : quand la Maison Blanche mise sur le design pour transformer l’action publique

L’administration américaine a récemment franchi un pas inédit : la création d’un National Design Studio, rattaché directement à la Maison-Blanche. Pour la première fois, un Chief Design Officer est nommé à l’échelle nationale, signe que le design n’est plus considéré comme un simple outil esthétique mais comme un levier stratégique au service de la gouvernance et des citoyens.

Un signal fort envoyé par Washington

La mission de ce nouveau studio a été confiée à Joe Gebbia, cofondateur d’Airbnb. Une nomination qui illustre la volonté d’importer dans la sphère publique certaines méthodes et visions issues du secteur privé, notamment celles de l’économie numérique et des plateformes mondiales.

Le mandat annoncé est ambitieux : trois ans pour repenser l’expérience citoyenne à travers plus de 26 000 sites et applications gouvernementales. Un défi colossal tant par l’ampleur du périmètre que par la temporalité.

Entre promesse et inquiétudes

Si l’initiative suscite l’enthousiasme, elle alimente déjà critiques et interrogations. Beaucoup pointent du doigt :

  • L’explosion du département 18F (la structure fédérale déjà dédiée au numérique et au design des services publics), qui interroge sur la coordination des efforts.
  • Le risque d’instrumentalisation politique dans un contexte électoral toujours polarisé aux États-Unis.
  • La faisabilité temporelle : comment transformer une telle galaxie de services numériques en seulement trois ans ?

Certaines citations issues du site officiel (AMERICA by DESIGN) laissent d’ailleurs songeurs. On y lit par exemple :

> « What’s the biggest brand in the world? If you said Trump, you’re not wrong. »
ou encore :
« To update today’s government to be an Apple Store like experience: beautifully designed, great user experience, run on modern software. »

Un langage plus proche du branding corporate que de la communication institutionnelle, qui pourrait brouiller les messages.

Le design, nouvel outil de pouvoir stratégique

Au-delà des polémiques, ce projet marque un tournant : le design est reconnu comme un facteur stratégique de transformation des sociétés. L’idée est claire : appliquer aux services publics les codes de l’expérience utilisateur qui ont fait le succès des grandes entreprises technologiques.

En filigrane, une question : peut-on gouverner un pays comme on conçoit une application mobile ?
Si certains y voient une dérive consumériste, d’autres saluent l’opportunité de rendre les services de l’État plus accessibles, plus intuitifs et plus humains.

Vers un modèle exportable ?

Cette décision américaine pourrait inspirer d’autres pays. La France, comme plusieurs États européens, s’est déjà dotée de structures de design public (notamment à travers les équipes d’Etalab et la direction interministérielle du numérique). Mais la création d’un poste de Chief Design Officer national, avec rattachement direct au sommet de l’État, reste une première mondiale.

Quoi qu’il en soit, l’initiative ouvre un débat : quelle place donner au design dans la conduite des affaires publiques ? Est-ce un simple outil de communication, ou un levier profond de transformation sociétale ?

Partager :
Retour en haut