La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a relancé le projet de création d’une monnaie unique baptisée ECO. Cette décision, prise lors du sommet des chefs d’État tenu le 4 août 2025 à Abuja, marque une étape importante vers l’intégration économique de la région.
L’idée d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest n’est pas nouvelle. Depuis plus de deux décennies, les pays membres de la CEDEAO ambitionnent de se doter d’un instrument monétaire commun afin de faciliter les échanges intra-régionaux, renforcer la souveraineté économique et réduire la dépendance vis-à-vis du franc CFA. Mais les obstacles techniques, politiques et économiques ont toujours retardé le projet.
Lors du sommet d’Abuja, les chefs d’État ont réaffirmé leur engagement à mettre en œuvre l’ECO. Même si aucune date précise n’a été communiquée pour son lancement effectif, une nouvelle feuille de route a été validée. Selon les autorités, la phase technique de convergence est en cours, notamment en matière de politiques budgétaires, fiscales et monétaires entre les pays membres.
Un projet à forts enjeux économiques et technologiques
Au-delà de l’aspect symbolique, l’ECO pourrait avoir des retombées majeures sur les plans économique et technologique. En effet, une monnaie commune faciliterait les transactions commerciales entre les pays de la région, supprimerait les coûts liés au change et renforcerait la stabilité macroéconomique.
Sur le plan technologique, plusieurs experts évoquent la possibilité d’un déploiement progressif d’une version numérique de l’ECO, à l’image de ce que testent déjà des pays comme le Nigeria avec l’eNaira. Une telle approche permettrait d’accélérer l’inclusion financière, de moderniser les systèmes de paiement et de favoriser l’émergence d’un écosystème fintech régional solide.
Dans ce contexte, l’ECO pourrait devenir un levier de transformation numérique, à condition que les infrastructures financières soient harmonisées et que les acteurs bancaires s’adaptent à l’évolution des usages numériques (paiement mobile, banque en ligne, blockchain, etc.).
Des défis structurels à relever
Cependant, le chemin reste semé d’embûches. La diversité économique entre les pays membres, les écarts de croissance, la gestion des dettes publiques ou encore l’indépendance des banques centrales nationales représentent des défis majeurs pour une intégration monétaire réussie.
La création d’une banque centrale régionale pour gérer l’ECO reste un point crucial. Certains estiment que la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest), qui gère aujourd’hui le franc CFA, pourrait être le socle de cette nouvelle architecture, mais cela supposerait une refonte complète de son mandat et de sa gouvernance.
Vers une nouvelle ère monétaire pour l’Afrique de l’Ouest ?
En relançant officiellement le projet ECO, la CEDEAO affiche une volonté politique claire : celle de construire une Afrique de l’Ouest économiquement plus forte, plus souveraine et plus intégrée. Si le succès du projet dépendra en grande partie de la volonté des États à faire des compromis, les avancées technologiques, elles, pourraient accélérer sa concrétisation.
Plus qu’une simple réforme monétaire, l’ECO pourrait être le catalyseur d’un véritable tournant économique et numérique pour les quinze pays de la région.







