Depuis le début de la Coupe du monde 2026, elles sont partout sur Instagram, TikTok, X ou encore YouTube. Jeunes, souriantes, vêtues aux couleurs de leur équipe nationale, elles semblent vivre le tournoi au plus près des tribunes. Pourtant, ces supportrices n’ont jamais mis les pieds dans un stade : elles ont été entièrement créées par intelligence artificielle.
Derrière ces vidéos virales se cache un modèle économique bien rodé. Leur objectif n’est pas de célébrer le football, mais de capter l’attention des internautes pour les rediriger vers des plateformes payantes, souvent à caractère érotique. Un phénomène qui prend de l’ampleur à mesure que les outils de génération vidéo deviennent plus accessibles.
Des millions de vues pour des femmes qui n’existent pas
L’une des vidéos les plus virales met en scène une prétendue supportrice brésilienne filmée lors d’un match du Mondial. Diffusée sur Instagram, elle a cumulé des dizaines de millions de vues avant d’être relayée sur plusieurs plateformes.
Des vérifications menées par des spécialistes du fact-checking ont toutefois montré que la séquence était entièrement générée par IA. Plusieurs indices permettaient de l’identifier : un chronomètre figé pendant toute la vidéo, un logo de chaîne de télévision incohérent avec la diffusion du match ou encore une voix artificielle caractéristique des outils de synthèse vocale.
Des comptes créés pour monétiser les internautes
Ces faux profils ne sont pas de simples démonstrations technologiques. Ils s’inscrivent dans une stratégie commerciale.
Les comptes publient régulièrement des photos et des vidéos de jeunes femmes hypersexualisées afin de développer rapidement une communauté. Une fois plusieurs centaines de milliers d’abonnés réunis, les internautes sont invités à rejoindre des plateformes d’abonnement payantes, comparables à OnlyFans, où des contenus générés par IA sont proposés contre rémunération.
Certaines de ces plateformes autorisent les créateurs à publier des personnages entièrement synthétiques, à condition de signaler qu’ils ont été créés artificiellement. Dans les faits, de nombreux utilisateurs pensent encore avoir affaire à de vraies personnes.
Une pratique qui dépasse déjà le football
Le phénomène ne se limite pas à la Coupe du monde. Avant même le début du tournoi, des vidéos similaires circulaient déjà autour de compétitions sportives en Corée du Sud, avec de fausses supportrices assistant à des matchs de baseball.
Grâce à des outils comme Seedance 2.0 ou d’autres générateurs vidéo accessibles au grand public, il est désormais possible de créer en quelques minutes des séquences très réalistes à partir d’un simple texte ou d’une image. Cette facilité d’utilisation contribue à accélérer la diffusion de contenus trompeurs sur les réseaux sociaux.
À mesure que l’IA générative gagne en réalisme, distinguer le vrai du faux devient de plus en plus difficile. Pour les plateformes, le défi ne consiste plus seulement à supprimer les contenus frauduleux, mais aussi à empêcher que leurs algorithmes ne favorisent des vidéos conçues avant tout pour manipuler l’attention et générer des revenus.








